IMC : calculer son indice de masse corporelle ou comment prendre un poney pour une licorne

Si vous êtes soucieux de votre santé ou si vous passez régulièrement des visites médicales, vous avez sans doute déjà entendu parler de l’indice de masse corporelle, ou IMC. Selon les autorités médicales occidentales, cet indicateur sert à mesurer votre forme générale (lire : à dire si vous êtes normal ou gras comme une loche), et il se calcule ainsi :

IMC = poids en kg divisé par la taille en mètre au carré

Par exemple, si vous mesurez 1,75 m et que vous pesez 73 kg, vous faites le calcul suivant : 73 / (1,75 x 1,75) et vous obtenez donc 23,83. Que signifie ce chiffre ? Eh bien c’est votre indicateur de forme générale !

  • S’il est en-dessous de 18,5 = vous êtes en sous-poids
  • S’il est entre 18,5 et 24,9 = vous avez un poids idéal
  • S’il est entre 25,0 et 29,9 = vous êtes en surpoids
  • S’il est au-dessus de 30.0 = vous êtes obèse

En partant de cette règle, validée aussi bien par le ministère de la Santé français que par le Center for Disease Control and Prevention américain, ces personnes sont en surpoids :

Hugh Jackman Will Smith
Brad Pitt Daniel Craig
Et ces personnes sont obèses :

Tom Cruise Arnold Schwarzenegger
Brock Lesnar Tom Hardy
Vous l’aurez compris, calculer son IMC pour savoir si on est en forme est à peu près aussi efficace que de lécher son index pour savoir s’il va pleuvoir dans la soirée. Mais alors pourquoi les médecins nous bassinent-ils autant avec cet indicateur, au point de refuser des recrutements dans l’armée sur ce simple critère ? Je vous le donne en mille : parce que l’IMC est un chiffre ! Et pas seulement un chiffre, mais le résultat d’une savante formule mathématique. C’est pas de la rigolade, les amis ! Et comme (trop) souvent, l’apparence de la science prend la place de la science, et puisque personne ne sait trop d’où vient de chiffre, il est facile d’expliquer aux honnêtes citoyens que nous sommes que ce calcul est l’alpha et l’omega de la prédiction des maladies cardio-vasculaires en fonction de votre poids. Pourtant, personne ne vient me contredire si j’affirme que la variable prédictive est le taux de graisse corporelle… et non un bête calcul qui ne différencie ni les os ni les muscles ni le gras.

Pourtant, la densité du muscle est environ cinq fois supérieure à la densité de la graisse (et je ne vous parle pas de celle des os), ce qui signifie pour faire simple qu’un litre de muscle pèse cinq fois plus lourd qu’un litre de graisse, ou bien qu’un litre de muscle pèse aussi lourd que cinq litres de graisse. En clair : plus vous êtes musclé et moins vous êtes gras, plus vous pesez lourd !

Là où le serpent se mord la queue, c’est que si vous êtes en surpoids, votre médecin va vous prescrire de faire plus de sport, de manger moins de sucre et plus de protéines (enfin, il vous dira « des légumes et du poisson », ce qui revient au même), ce qui devrait avoir pour effet de vous faire perdre du gras et prendre du muscle, donc vous allez finalement peser plus lourd…

Je crois qu’on peut s’arrêter là pour la démonstration du non-sens absolu de cet indicateur et des prescriptions qui y sont liées. Mais parce qu’il faut bien savoir de quoi on parle, savez-vous d’où vient ce précieux chiffre sur lequel tout le monde se base et la procédure utilisée pour élaborer cette incroyable formule mathématique ?

Je sais que je viens d’en dire beaucoup de mal, mais la personne qui a inventé l’IMC est loin d’être un abruti, c’est même l’un des plus grands mathématiciens de l’histoire. Il s’agit d’Adolphe Quetelet, qui fut notamment l’un des fondateurs des statistiques et de la sociologie, ce qui lui permit entre autres d’établir de nombreuses moyennes relatives à « l’homme moyen » (un concept très controversé)… Et c’est bien là tout le problème.

Car j’ai bien dit que Quetelet était un mathématicien (ce qui n’a pas grand-chose à voir avec la médecine) spécialisé dans les statistiques (ce qui n’a pas grand chose à voir avec la composition corporelle). Et c’est précisément en mesurant la taille et le poids de ses concitoyens que Quetelet est arrivé à une formule mathématique statistique, afin de décrire l’apparence générale de « l’homme moyen » de son époque (la première moitié du XIXème siècle).

Vous l’avez bien compris : c’est en mesurant et en pesant des citadins sédentaires du XIXème siècle et en les classant arbitrairement dans quatre catégories (en partant d’un constat visuel) qu’on a établi un chiffre qui sert aujourd’hui à vous dire si oui ou non vous pouvez sauter en parachute, pratiquer le triathlon ou vous engager dans l’armée. Si Quetelet savait ce qu’il faisait et cherchait à obtenir une donnée statistique (par ailleurs contestée, mais ce n’est pas le sujet qui nous occupe), il semble que la rigueur scientifique se soit un peu perdue en transformant cet indicateur en donnée médicale…

Alors pourquoi continuer à mesurer l’IMC ? Eh bien sans doute parce que c’est un chiffre obtenu par une formule mystérieuse donc ça ressemble à un truc sérieux, c’est facile à utiliser, pas cher à obtenir et beaucoup moins chiant à pratiquer qu’un examen clinique complet… Sauf que ça ne signifie pas grand chose.

Pour vous en convaincre, vous pouvez vous intéresser à des publications médicales récentes, comme le American Journal of Public Health (volume 96, n°1, janvier 2006, pages 173-178), dans lequel le docteur Jerome Gronniger nous explique que « les mesures classiques du surpoids et de l’obésité sont trop imprécises pour évaluer le risque de mortalité. »

Autre chercheur, autre constat : le docteur David Haslam, directeur scientifique du National Obesity Forum, a déclaré dans le Daily Telegraph que « c’est un fait désormais largement admis que l’IMC est sans intérêt pour mesurer le poids de forme des individus ».

Faut-il rajouter quelque chose à tout cela ?

Je crois que oui ; après une telle démonstration, on serait tenter de penser que cet article est une critique ouverte contre les mathématiques. Loin de là : les travaux de Quetelet sont fascinants pour son époque et l’utilisation des nombres est un outil puissant pour comprendre le monde et améliorer nos vies. Encore faut-il en faire bon usage et comprendre ce qu’on en fait.

 



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